Mood

“Tu vas nous faire le café ?”

Cela fait quelques temps que je souhaite m’exprimer sur ce sujet. Je préfère prévenir que je ne tiendrai ni ne soutiendrai aucun discours féministe, car je pense que souvent, à l’inverse de l’effet recherché ces discours ne font qu’empirer les choses en soutenant parfois des causes qui ne sont pas des problèmes réels. Je ne suis pas pour la journée de la femme (qui pour moi fait surtout sous-entendre qu’il y a 364 jours de l’homme), je ne rejoins pas ces femmes qui tombent dans la paranoïa en voyant des propos sexistes partout, vous ne me verrez pas remettre en question le fait qu’on préfère offrir un Action Man à un petit garçon qu’à une petite fille, parce que de vous à moi, je m’en fiche.

Je préfère soulever les problématiques réelles auxquelles j’ai pu être moi même confrontée, comme les différences de salaire à prestations égales, les différences de traitement entres filles et garçons dès le plus jeune âge, les préjugés qui voudraient qu’une femme soit plus psychologiquement plus fragile, ou qu’une femme qui a de l’ambition c’est mal.

J ‘ai grandi dans un quartier typique de “banlieue”, j’ai évolué dans un milieu “culturel” où un garçon a grosso modo le droit de faire ce qu’il veut, quand une fille doit rester à la maison bien sagement, à faire à manger et débarrasser la table. Depuis petite je sais qu’en tant que fille certaines choses seront plus compliquées, cela dit cela ne me posait pas de gros problèmes, j’ai vécu dans un environnement familial où on était assez ouverts en comparaison. Ma grand mère ne m’a jamais fait jouer à Cendrillon, bien au contraire. Du côté de certaines de mes amies c’était différent. Certaines pouvaient être mal traitées parce qu’elle avaient été vues ici ou là, parce qu’elles avaient un copain ce qui risquait d’entacher leur image, etc. Mon père que je voyais tous les 15 jours, a été le seul à m’embêter avec ça, à insister sur le fait qu’on ne devait pas fréquenter de garçons pour préserver notre réputation, qu’on ne devait pas mettre de mini-jupes ou de décolletés, bref le genre de discours qui ont fait que j’ai fini par avoir du mal à gérer ma “féminité”. Jusqu’à 13/14 ans je portais souvent des joggings, je voulais des nike air max, je m’inventais une démarche de garçon en imitant la façon de marcher de mon oncle, je lui piquais ses vestes Lacoste (le cliché des survet’ au petit crocodile est bien fondé). Les seules fois où j’ai tenté de porter des jupes, je me faisais siffler si ce n’est insulter, aussi bien par les garçons que par les filles (les repères sont faussés quand on évolue dans ce milieu, on ne peut pas leur en vouloir, c’est presque de l’endoctrinement). J’avais 13 ans quand un garçon d’une vingtaine d’années est venu vers moi pour me dire que j’étais “bonne”, ça me faisait une belle jambe tiens. Je n’ai appris qu’ensuite ce que ça signifiait. Tout ça pour dire qu’il fallait avoir une carapace pour évoluer dans cet environnement. Je voulais surtout me fondre dans le décor.

Au lycée j’intègre un lycée technique avec pour objectif de devenir ingénieur. Une classe avec 3 filles pour 60 garçons, même si les choses avaient un peu évolué, j’ai découvert d’autres types de préjugés, les remarques douteuses des adolescents. A part ça je me suis toujours très bien entendue avec les garçons, j’évitais juste les jupes et autres trucs trop féminins et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Finalement je renonce à étudier les sciences (par soucis d’orientation, pas à cause des garçons bien sûr) et je vais à la fac étudier la communication et je n’ai plus à me plaindre. A part l’harcèlement de rue que toute fille peut connaitre, ça allait plutôt bien. Un peu plus tard, finies les études et place au marché du travail, aux recherches de stages, etc. A en croire les réactions, si j’avais décroché un certain nombre d’entretiens de stage ce n’était pas grâce à mon CV (alors plus fourni que la plupart des personnes de mon âge, je tiens à le préciser), ni grâce à mes lettres de motivation bien rédigées, ni grâce à mon site web sur lequel j’avais passé 15 jours, ni grâce à mes facilités à communiquer, ah non c’était “grâce” à ma photo. Premières incompréhensions, découverte de la frustration, découverte de la jalousie et de l’hypocrisie masculine (et parfois féminine). Avec toutes les galères que j’avais eu avant et mon obsession pour l’éthique, ça me mettait en rogne. Ensuite en agence, les regards appuyés qu’on fait mine de ne pas remarquer, les remarques sexistes quand une nouvelle recrue féminine est sur le point d’être engagée, enfin même si la plupart du temps ça reste gentil ça devient parfois un peu lourd. Mais comme d’habitude, de façon générale ça reste bon enfant, il suffit juste de ne pas se laisser faire et tout va pour le mieux dans le meilleure des mondes (oui je suis consciente de l’avoir déjà écrit rassure toi).

J’ai aussi eu la joie de découvrir que des attitudes qui sont tolérées chez un homme le sont moins chez une femme. Et attention je ne joue pas les victimes et la paranoïa ce n’est pas mon truc, je l’ai vécu de multiples fois, je sais de quoi je parle. Evidemment tout le monde se fait juger, y compris les hommes, mais c’est illusoire de croire qu’une femme et un homme se font juger de la même façon. Un homme qui ne se laisse pas faire c’est normal, s’il a de la poigne, il est courageux. Une femme avec les même traits de caractère est une connasse plutôt imbue de sa personne. Or une femme doit avoir du caractère pour bosser dans un milieu masculin, sinon c’est foutu d’avance.

Je pars du principe qu’on ne devrait pas instaurer de quotas de “sexe” dans les entreprises, qui selon moi vont à l’encontre de la recherche de compétences. Je suis contre cette espèce de discrimination positive qui va à l’encontre de ce que je défends: un traitement EGAL. On ne doit pas être privilégiée parce qu’on est une femme, ou parce qu’on a une bonne tête, ou parce qu’on est blonde, ou parce qu’on est moche, mais on ne doit pas être dévalorisée pour toutes ces même raisons.

Et si je vous dis que j’ai entendu plus d’une fois autour de moi “on ne placera jamais une femme CEO de cette boite”, vous me croyez ?

J’ai été découragée à plusieurs reprises de bosser dans un milieu tech/web, j’en ai souvent eu assez de devoir en faire deux fois plus qu’un mec pour prouver ma crédibilité, j’ai parfois pensé que j’étais peut-être nulle tout compte fait. Finalement j’ai arrêté de toujours me remettre en question face à des comportements que je ne comprenais pas. Je me remets en question en permanence, je fais juste attention de ne plus tomber dans le piège de ces machistes qui n’admettent pas qu’ils le sont. Mais j’aime trop mon milieu que je fais abstraction des comportements stupides qui restent minimes comparé à tous les côtés positifs qui existent.

En dehors du monde professionnel, il y a les remarques sur les jeux vidéos, sur les ordinateurs, sur les voitures,… J’aime conduire, j’ai toujours mis un point d’honneur à savoir faire les créneaux, j’aime les voitures qui ont de la reprise, mais si vous saviez le nombre de remarques machistes que j’ai pu avoir depuis que j’ai mon permis. Bref j’ai malheureusement des TAS d’exemple, des centaines d’anecdotes, mais je pense que le message est passé et je ne veux pas faire un article de 6 kilomètres, simplement exprimer un coup de gueule général.

J’ai écrit cet article il y a 15 jours, je l’ai mis à la corbeille car je ne l’assumais pas, allez hop, je clique sur “publier”.

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12 Comments

  1. Marie

    Moi je te dis bravo. Tu sais que j’aime beaucoup ce genre d’articles, plus que les articles mode tu le sais aussi :)
    Ce qui me débécte le plus c’est qu’avec de tels comportements, même les femmes s’y mettent (contre les femmes hein c’est ça le pire. ).

    Je n’ai pas vécu dans une “banlieue” quand j’étais petite mais je me reconnais dans ton discours à l’adolescence et après … (MOi aussi on m’a souvent choisi pour ma photo, et on me l’a bien fait remarquer une fois dans l’entreprise, et ça ne fait pas plaisir quoi … ).

    La fragilité, n’en parlons pas hein lol

    1. dollyjessy

      Merci Marie ! Je sais bien que tu les préfères, je me demande si je ne devrais pas ouvrir un blog pour ce type d’articles d’ailleurs. Ah oui certaines femmes ont toujours été des pestes, je ne pense pas qu’elle s’y mettent. Mais avant l’année dernière, je n’avais pas fait les frais de ce genre de pestes donc maintenant je sais bien de quoi tu parles ;)

  2. Laeti

    Salut Jessy
    Je partage totalement ton avis concernant le féminisme, elles s attardent sur des sujets sans importance bien souvent, à trop vouloir défendre l image de la femme on en réduit les hommes… Il s agit de bon sens et de respect, que pas tout la monde a c est sur, que departager quelques tâches ménagères, comprendre qu une femme n à pas toujours QUE des goûts de “fifilles”, qu une femme peut dire merde à un mec… Et j en passe… Mais ce non respect notamment dans la rue est juste gerbant, se faire siffler ou insulter me met hors de moi, j avais vu une vidéo d une nan étrangère vivant en belgique et qui a fait une vidéo pour montrer les injures auxquelles elle avait droit tous les jours dans la rue, de la part des hommes. Ça, c est bien réel, c est pas normal et c est pas le féminisme qui y changera quelque chose …
    Très bon article! Bises

    1. dollyjessy

      Oui j’avais entendu parler de cette vidéo ! Merci pour ton commentaire, à très vite.

  3. Vincent Barberot (Networkvb)

    Salut Jess,

    Je partage ton avis et je le déplore tout autant que toi. Ce qui est valable entre une femme et un homme est valable aussi pour d’autres clichés, notamment religieux comme tu le mentionnes également et brièvement dans ton article.

    Même si tu as hésité à le publier, je pense que tu as bien fait de le faire finalement. Trop souvent, la majorité est silencieuse, c’est bien dommage.

  4. Carlita

    Bonsoir :)
    C’est un de tes plus beaux articles! Comme tu le dis, grandir en femme c’est souvent compliquée, la pire période étant le collège, pour ma part. L’effet de groupe multipliant l’effet gênant, de honte de s’habiller comme on le veut, d’être maquillée comme on le veut, parfois passer devant une classe de garçons c’est comme tu nous dis “passer devant un zoo”…

    1. dollyjessy

      Merci beaucoup Carlita, ravie que l’article de plaise (et qu’on se comprenne).

  5. Caroline

    Je partage ton avis c’est sur. Mais je suis étonnée des expériences que tu ai pu vivre. Je ne parle pas de ta vie dans une cité, je ne connais pas mais j’imagine bien ce que ce doit être. Non en fait, je trouve étonnant que quand tu sois rentrée dans des filières scientifiques, tu ai eu des remarques sexistes. Je suis en école d’ingénieur et pas vraiment dans un domaine qui fait rêver les filles et je n’ai jamais eu de remarques de ce genre. J’ai fait un stage où j’étais la seule fille et pas de remarques non plus (enfin à part, le discussions et les photos pornos…) mais bon je n’y suis resté que 2 mois. Bref, j’espère que ca ne t’a pas découragé à faire des études qui te plaisent…

    1. dollyjessy

      Et bien tu as eu de la chance, après tout dépend des filières scientifiques et des gens entour de toi. Je ne dis pas que ça arrive en permanence, mais suffisamment fréquemment pour que j’en parle. Quoi qu’il en soit j’espère que ça ne t’arrivera pas ;) J’ai dévié dans mes études par choix, aucune remarque ne me découragera (la vie en banlieue forme le caractère !).

  6. Florette De Noailles

    Eh beh dis donc je découvre donc ton petit monde, et ton article là je m’y suis un peu retrouvée tout de même…

    Deux cultures, assumer sa féminité, le regard des hommes etc…

    Bravo et j’espère que tu continueras à avancer comme tu le fais.

    D’avoir lu ce sujet me fait penser à une phrase : “Si tu ne sais pas où tu vas, rappelles-toi d’où tu viens” ou un truc dans le genre (ouais j’ai parfois la mémoire d’un poisson rouge ^_^)

    1. dollyjessy

      Oui oui c’est bien ça le dicton Florette ;) Merci pour ton commentaire !

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